Compte rendu de l'Atelier :
Hommes et femmes dans l'Eglise

(Veronique Lossky,France)

Archive: MaryMartha, Volume 5, number 2, Winter/Spring 1997

Lors du Congrès de la Fraternité Orthodoxe qui s'est tenu en 1996 en Vendée, l'un des ateliers de réflexion avait pour titre :"Hommes et Femmes dans l'Eglise" . Il était animé par Nadine Arnould, Elisabeth Behr -Sigel et Véronique Lossky. Les deux séances de deux heures chacune ont été fréquentées par une bonne quinzaine de personne et le plus frappant était la présence d'un petit groupe d'adolescentes qui sont revenues le deuxième jour en amenant d'autres camarades. On avait affiché en gros caractères les deux textes de la Genèse sur la création de l'homme (et de la femme) qui n'ont pas été commenté, mais reçus comme un beau cadeau quand on les a distribués à la fin de la 2e session.

Il y avait aussi un choix bibliographique assez fourni, des numéros de Contact consacrés au sujet, des ouvrages de divers auteurs orthodoxes, des périodiques. on a pu en recommander et aussi en donner. Et on a naturellement re-cité tous les textes de la Bible, des Evangiles et des Epîtres qui concernent le problème de relations chrétiennes entre les hommes et les femmes.

Le premier jour la séance a été ouverte par un bref exposé d'Elisabeth Behr-Sigel, qui a raconté qu'un groupe de réflexion sur la place des femmes dans l'église s'est constitué à Paris et travaille depuis plus de huit ans à intervalles réguliers (environ une réunion par trimestre, parfois un peu plus). Elle a donné un aperçu des sujets qui ont été discutés dans ces réunions et des questions théologiques soulevées, notamment l'histoire du diaconnat, la notion de pouvoir, etc..

Ensuite Véronique Lossky a donné un bref aperçu historique de la façon dont les Orthodoxes considèrent l'ordination des femmes, face aux Eglises surs: de l'attitude que c'était un faux problème, on est passé à l'idée que le problème n'était pas mûr d'un point de vue théologique et pour finir on pense actuellement que même s'il n'y a pas d'obstacles théologique à une ordination de femmes, il reste "urgent d'attendre" car le fait demeure largement non accepté sur le plan psychologique.

Elisabeth a aussi redonné quelques perspectives historiques sur le diaconnat féminin qui est, selon elle, une étape souhaitable tandis que Véronique Lossky, pense le contraire. Puis la parole a été donné aux participants, l'ordre étant maintenu par la direction douce mais autoritaire de Nadine Arnould. Un groupe de Belges et d'Anglais a parlé de leurs expériences paroissiales, les animatrices traduisant tantôt vers le français, tantôt vers l'anglais. Il a beaucoup été question de pouvoir et d'inégalité sexuelle, perpétuée dans les paroisses; puis certaines adolescentes se sont exprimée, notamment une fille de prêtre qui trouvait anormal de ne pouvoir aider son père lorsqu'aucun accolyte-garçon n'était présent. Les animatrices ont cherché à ne laisser aucune question sans réponse, tout en soulignant que des difficultés variées différencient les paroisses les unes des autres, même lorsqu'elles sont "traditionnellement orthodoxes.

Le lendemain l'assistance s'est vue un peu renouvelée, en plus des adolescentes de la veille dont le groupe s'était accru. Il y avait plusieurs hommes, et pas les mêmes que la veille. On a fait un résumé de ce qui s'était dit précédemment. Ensuite la parole a été donnée expressément à chaque participant de façon à n'omettre personne. Un Anglais a parlé de grande solitude dans la vie paroissiale qu'il fallait combler par des rencontres extra-paroissiales,sans distinction de sexes; un théologien présent a redressé un peu la discussion qui s'égarait un moment dans quelques affrontements sur la notion de pouvoir, en mettant l'assistance en garde contre l'introduction absolument hérétique d'une différence de sexe dans la Sainte Trinité, à cause des considérations exprimées par le groupe de hierarchie des personnes dans le monde, face à la notion théologique de la "Monarchie du Père".

Une autre personne a parlé avec passion de son attachement à l'ordination des femmes au nom d'une justice élémentaire et de l'égalité des sexes. Lorsque le tour des adolescentes est venu, elles ont presque unaniment déploré les habitudes ancestrales et indélébiles des Orthodoxes : "pourquoi est-ce que l'assistance doit être choquée si, durant la liturgie, c'est une fille qui lit l'épître ?" ."Si le sanctuaire est un lieu saint, les garçons non plus ne devraient pas y entrer, ils sont tout aussi pêcheurs que les filles".

On a aussi parlé des expériences monastiques et pas seulement quant à la fatidique question de l'entrée dans le sanctuaire. En effet , une moniale présente a expliqué que la vie monastique pouvait apporter une telle harmonie personnelle que cette harmonie n'avait plus rien à voir avec le fait qu'il s'agissait d'un moine ou d'une moniale, que la force ou la puissance étaient données par la grâce et qu'alors intervenait le rayonnement personnel de chacun, voire d'un monastère tout entier. Elle a aussi rappelé l'expérience et l'enseignement des saints , tant d'hommes et de femmes, que l'on avait un peu négligée. Les gens étaient contents d'avoir pu parler aussi librement sur des sujets qui pour beaucoup étaient encore tabou dans leur expérience personnelle. De plus nous avons reçu une lettre- témoignage d'un couple orthodoxe des Pays Bas qui a très bien compris la tolérance des animatrices et a retiré beaucoup de joie de sa participation à nos ateliers , ce qui nous a fait plaisir aussi.